Mois : août 2006

Élodie Frégé: : Le jeu des sept erreurs


Le jeu des sept erreurs

Élodie Frégé

Album CD – 2006 – Mercury

Certains matins je ne suis pas peu fier de moi. En effet, comment imaginer qu’une Élodie Frégé puisse me passionner dans la multitude de sorties d’albums de septembre ? Rien ou presque. Parfois quelques noms sur les pochettes de disques servent à ouvrir les portes de mon ostracisme. Ici sur ce Jeu des 7 erreurs, il me fallut y voir Benjamin Biolay, Jacques Lanzmann ou Serge Gainsbourg pour accepter d’écouter cette interprète qui me paraissait au départ bien trop formatée dans la variété, tout du moins à mon goût.

Ma seule certitude: quand Biolay, mercenaire des jolies femmes en studio prend son boulot à coeur, il est capable de renverser des montagnes, d’exorciser tous les préjugés. Après sa soeur, sa femme (et bientôt sa mère ?), voilà le Benjy qui enroule ses cordes de violons autour de la voix de cette télé-crocheteuse voulant s’émanciper, au même titre qu’une Olivia Ruiz, du rôle de potiche à tête de gondole. Catherine Breillat s’était attelée pour son premier album à remodeler l’image d’Élodie Frégé au point d’imaginer facilement cette jolie blonde changer son fusil d’épaule pour devenir actrice sur canapé avec Roco ou ses frères.

Biolay lui (et c’est bien plus important que l’image normalement) trace des lignes mélodiques et des harmonies divines pour cette blonde rêveuse et ce sont de vrais galons de chanteuse qu’elle gagne sur ce deuxième essai.

La ceinture, petite merveille folk où la guitare tremble d’excitation accompagnant la voix cristalline de cette innocente, met aussitôt l’auditeur dans un climat particulier: la température monte et les quolibets cessent. Album sensuel si ce n’est sexuel, on se dit que, bien accompagnée, Élodie Frégé n’a rien à envier à d’autres. On se concentre sur son organe vocal, sa puissance dans l’interprétation de morceaux de choix plutôt que sur son joli minois. Que ce soit La fidélité, pop-song vrillée par les sixties et les cordes, ou la reprise du Velours des vierges, tout s’inscrit dans une sincérité proprement bluffante.

Lorsque la demoiselle se met à écrire et composer certains titres, on retrouve aussitôt notre mauvaise foi en s’imaginant que tout va retomber comme un soufflé au four mais malheureusement pour ceux qui n’ont d’elle que sa pitoyable prestation académicienne et heureusement pour elle, sa plume et sa manière d’aborder sans complaisance ses déceptions de la vie touchent au plus profond de nos coeurs d’artichaut. Surpassant toutes les prévisions d’une carrière fade et évitant les douves de l’oubli qui lui tendaient les bras, cette demoiselle mérite mieux qu’une histoire d’un soir.

Pierre Derensy

Liste des titres

:

La ceinture
Fous de rien
La fidélité
Douce vie
Le jeu des 7 erreurs
Le velours des vierges
Pas là souvent
Chez moi
Si je reste
Est-ce que tu le sais ?
Je sais jamais
Il en faut
A celle
Les rideaux

Jean Louis Murat : Taormina


Taormina
Jean-Louis Murat
Album CD – 2006 – V2 Records

Comme dit le paysan patriarche dans sa grande philosophie: « changement d’herbage réjouit les veaux », Jean-Louis Murat, autre artisan glaneur, après 20 ans de fidélité au même pré labellisé EMI, transmue vers un nouveau pâturage et signe chez V2 qui serait selon les dires de ses proches, une sorte de renaissance artistique et personnelle.

Délaissant sa bande de fidèles (même s’ils sont encore responsables de sévices artistiques sur l’album comme simples musiciens) qui l’entourait du Moujik et sa femme à 1829, il revient donc seul aux manettes. Après un laps phénoménal de temps dans sa non-productivité, après un break nécessaire et un bain de jouvence au bord de mer dans une ville de Sicile au pied d’un volcan (encore un, mais un dissemblable à ceux qui lui sont familiers dans ses monts d’Auvergne), l’agile Bergheaud offre à son disque le nom de cette cité régénératrice d’inspiration: « Taormina ». Disque conçu et enregistré à la maison dans une humeur de paladin troubadour, guitare en bandoulière et humeur baladine plus que badine, il confirme ici qu’il n’existe qu’un Murat, n’en déplaise aux généraux de divisions d’un autre siècle.

Ayant laissé le temps faire son ouvrage, ce nouvel album plus blues que rock nous permet de regagner un Jean-Louis reverdi et besognant avec grâce la belle langue française sur des arrangements soignés. Plus question d’inviter de jolies et gracieuses muses connues, ou en passe de l’être, comme Carla Bruni ou Camille avant son fil (excepté une Laure dissimulée dans le disque qui vient prêter parfois son coeur et faire le contrepoint au vieux grigou à la voix d’ange), pas d’empli à toc, plus question d’amuser la galerie pour le fun. Tout est brut comme le Caillou qui lance l’album.

On parle beaucoup dans ce disque de la mort, beaucoup aussi de l’avarice des sentiments et de la fin d’une aventure. Pour adorer cet album, il vous faudra de la patience et beaucoup plus qu’une seule écoute inattentive pour accrocher, mais ensuite lorsque vous serez digne d’entendre avec toutes les subtilités Billy, Accueille-moi paysage ou encore Le chemin des poneys, vous aurez l’occasion d’entrapercevoir en sa compagnie tous les surprenants panoramas qu’il nous offre en toute simplicité. De toute façon, jamais personne n’a dit de Murat qu’il se laissait dompter comme un pauvre canasson de variété. Personne et sûrement pas lui. Un Murat nouveau certes, mais un Murat qui restera toujours Murat.

Pierre Derensy

Liste des titres

:

Caillou
Le chemin des poneys
Taormina
Au dedans de moi
L’heure du berger
Est-ce bien l’amour
Maudits
La raie manta
Billy
Demariés
Accueille-moi paysage
Gengis

L’étreinte


L’étreinte

Miossec

Album CD – 2006 – Play It Again Sam

Certains chanteurs ont la taille patron, c’est un fait. Certains artistes n’ont pas besoin de faire le tour des stades en panoplie de bouffon pour gagner leurs galons de téméraire et de roc ébréché par la vie. Certains singent une attitude de révolté et c’est très bien, car d’autres et c’est le cas de celui dont je parle, n’ont plus aucune envie de maquiller la réalité.

Miossec est donc ce fameux gaillard dépassant aujourd’hui la quarantaine, qui après avoir fêté dignement avec 1964 son passage chez les quadra revient pour une Etreinte admirable qui zigzague entre la fureur et la douceur.

Christophe Miossec est, fut serait plus juste, victime du premier album intouchable. Il lui fallut donc attendre 4 essais tous de bonne facture mais en deçà, pour franchir une hauteur jamais égalée depuis Boire.

Prenant des risques qu’il faut saluer, c’est dans un climat dépouillé au niveau des textes (jamais il n’avait écrit aussi bien des choses aussi fortes dignes de coups de poignards) qu’il offre son recouvrement artistique. Entouré d’une bande d’audacieux (Jean-Louis Pierot, Les Valentins, Robert Johnson), c’est surtout dans la manière de mettre toutes ses fuites en musique qu’il atteint les sommets.

Entre chansons brutes de décoffrage comme Mes crimes: le châtiment ou Quand je fais la chose qui mettent des coups de pieds dans la fourmilière, c’est par une très belle chanson à sa mère qu’il intitule sobrement Maman ou par La mélancolie, émouvante et honnête complainte aux démons du chanteur, qu’on s’aperçoit de tout le chemin parcouru et de tout l’humus accumulé qu’il utilise pour faire germer une nouvelle herbe sauvage.

Prenant dans ses filets brestois l’auditeur, ses 13 chansons sont toutes inédites dans la forme, même si le fond reste le même: il innove donc tout en restant ce pilier inoxydable malgré le sel des larmes qui coulent du début à la fin de l’album. Du joyau brut (et parfois bourrin) qu’on voyait depuis longtemps en lui, il se fait ici étendre sciemment et consciencieusement pour raconter ses ruptures, ses failles, ses fuites et faiblesses mais d’une manière inattendue. De toute façon peu importe le flacon pourvu que nous ayons l’ivresse.

Ce poète sarcastique s’est en plus payé le luxe de demander à Paul Bloas d’illustrer la pochette et le livret, les dessins de l’artiste mettent tellement en valeur l’objet qu’il est indispensable de l’acquérir car l’écrin est aussi captivant que la parure. « On peut parfois toucher au sublime comme on peut partir les pieds devant » dit-il, espérons pour lui que la première option soit la bonne.

Pierre Derensy

Liste des titres

:

La facture d’électricité
Maman
La mélancolie
30 ans
Mes crimes : le châtiment
Quand je fais la chose
Le loup dans la bergerie
La grande marée
L’imbécile
L’amour et l’air
Julia
Bonhomme

Idlewild (album d’OutKast)

IdlewildIdlewild

OutKast

Album CD – 2006 – RCA

Liste des titres

:

Intro
Mighty « O »
Peaches
Idlewild Blue (Don’tchu Worry ‘Bout Me)
Infatuation (Interlude)
N2U
Morris Brown
Chronomentrophobia
Train
Life Is Like a Musical
No Bootleg Dvds
Hollywood Divorce
Zora (Interlude)
Call the Law
Bamboo & Cross (Interlude)
Buggface
Makes No Sense at All
In Your Dreams
PJ & Rooster
Mutron Angel
Greatest Show on Earth
You’re Beautiful
When I Look in Your Eyes
Dyin’ to Live
Bad Note

Iron Maiden : A Matter of Life and Death

Les clips de Iron Maiden : A Matter of Life and Death


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A Matter of Life and Death
Iron Maiden
Album CD – 2006 – Capitol Records, Inc.

Numéro 1 en Allemagne, Suède, Italie, Finlande, Grèce, Slovénie, République Tchèque, Croatie, Pologne, Brésil… Numéro 2 au Canada, en Suisse, Norvège, Hongrie, Colombie, 3 au Chili, 4 au Royaume-Uni, en Autriche, Espagne, Inde, 5 en France, en Irlande, en Arabie et 6 en Belgique et en Islande. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes: le monde entier attendait Iron Maiden. On pourrait presque arrêter la chronique ici.

Comme cela a déjà été le cas dans le passé, ce nouvel opus fait référence au film: « Une question de vie ou de mort » de Michael Powell avec David Niven. Une fois de plus, le thème de la guerre est très présent dans l’album: These Colours Don’t Run retrace la vie des soldats qui partent au front, Brighter Than a Thousand Suns fait référence à la bombe atomique ou bien encore de The Longest Day qui raconte le débarquement allié du 6 juin 1944.

Musicalement, on peut dire que le retour de Bruce Dickinson fait le plus grand bien au groupe. On sent ce dernier ainsi que ses compères, Smith et Harris en tête, fort bien inspirés. A l’exception de Different World, pas un seul titre ne dure moins de 5 minutes. Voilà des quinquagénaires composant de la musique comme il y a 20 ans. Les fans, anciens ou nouveau, apprécieront.

Quelques jours avant sa sortie, les Irons avaient lâchés dans l’arène le single The Reincarnation of Benjamin Breeg, titre sombre et alléchant, laissant présager du meilleur pour la galette complète.

Cet album vous fait du « rentre dedans » dès le début avec un Different World typiquement Maiden. Très rapide, il est suivi de These Colours Don’t Run à l’intro sombre avant de débouler sur un solo puis une partie très rock.

S’ensuit Brighter Than a Thousand Suns, le gros morceau de l’album. Près de 9 minutes (8.44 exactement) de heavy très planant, très progressif, un peu dans la veine de Dream Theater. Mais cela reste du Maiden, que les aficionados se rassurent !

En fait, le même genre de commentaire convient au reste des titres. Ils sont bons, très bons. Tantôt rapides, tantôt plus planants mais toujours très Iron Maiden. Il ne faut pas chercher de révolution musicale là-dessous.

Il semblait que le groupe avait pris le bon wagon avec Dance of Death. Un sentiment confirmé avec ce nouvel album et le retour de Dickinson. Iron Maiden est toujours bien là, plus de 20 ans après et 14 albums au compteur.

zicactu.com

Liste des titres

:
Different World
These Colours Don’t Run
Brighter Than a Thousand Suns
The Pilgrim
The Longest Day
Out Of The Shadows
The Reincarnation of Benjamin Breeg
For The Greater Good of God
Lord Of Light
The Legacy