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Biographie de Axelle Red

Axelle RedAxelle Red est née le 15 février 1968 à Hasselt dans les Flandres, en Belgique de langue flamande. A six ans déjà, elle n’a qu’une idée en tête: chanter. Elle fait sa première expérience à quatorze ans: elle enregistre sous le pseudonyme de Faby, son premier single Little Girls qui fait un tabac dans sa rue et se vend au moins à trois exemplaires (papa, maman et sa soeur) !

Aretha et moi

Axelle ne se décourage pas pour autant. La passion est toujours là mais elle entame des études de droit. Une fois son diplôme en poche, fin des années 80, elle sort sous le nom d’Axelle, le titre Kennedy Boulevard qui fonctionne bien: premier disque de platine en Belgique et premier succès en France. Puis elle lance le single Aretha et moi en hommage à son idole de toujours, Aretha Franklin. Le ton est donné.

Patiente, elle attend 1993 pour sortir son premier album Sans plus attendre sous le nom d’Axelle Red. Là, les singles Sensualité, Elle danse seule, Je t’attends et Le monde tourne mal font un carton. En quelques mois, l’album décroche la timbale et dépasse les autres singles dans les classements de l’Europe et du Canada francophones. Sans plus attendre est quintuple disque d’or (historique) en Belgique et disque de platine en France; au total plus d’un demi million d’exemplaires…

A tâtons

En octobre 1996, A tâtons, le deuxième album d’Axelle Red, envahit les bacs des disquaires et c’est à nouveau un succès puisqu’à ce jour, l’album est disque d’or en France et disque de platine en Belgique. Et comme le succès appelle le succès… En 1997, Alain Corneau choisit le single A quoi ça sert pour illustrer son film Le cousin, gros succès avec Alain Chabat et Patrick Timsit. Et l’année suivante, avec Youssou N’Dour, elle co-interprète La cour des grands à l’occasion de la Coupe du Monde de football.

Le 29 janvier 99, Axelle met au monde sa fille Janelle. En février, elle emporte le trophée de la meilleure interprète féminine aux Victoires de la Musique à Paris. Axelle est fière que l’on apprécie son travail d’artiste mais son succès est d’autant plus méritoire pour quelqu’un d’origine flamande qui avoue avoir appris le français en regardant les films de Louis de Funès !

Toujours moi

Le très attendu troisième album sort en mars 1999 et contient 11 titres, tous réalisés par Axelle. Toujours moi regorge de succès à la fois soul et mélodieux qui grimpent au sommet des “charts”. Axelle observe le quotidien afin de mieux traduire en mots de tous les jours des sentiments universels. Ce matin, Faire des mamours, Bimbo à moi ou Parce que c’est toi nous renvoient à notre propre vie. Rester femme, c’est un peu la maman du nouvel album, et c’est aussi pour ça qu’elle l’a appelé Toujours moi.

Après avoir mis le feu au Zénith de Paris le 3 novembre 1999, Axelle Red entame une tournée début 2000.

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Axelle RedAxelle Red pourrait très facilement rentrer dans la catégorie “chanteuse de variété” mais pourtant, en y cherchant bien, dans le coin se dissimule non seulement une artiste incroyablement cultivée (une sorte de petit dictionnaire franco-anglais de la soul des années Motown) mais aussi une femme attachante aux causes justes et nobles. Elle sort ces jours-ci un album, Jardin secret, rempli de clins d’oeil, de chansons gigognes aux multiples facettes.

Zicactu: Avant de parler musique, j’aurais aimé savoir comment l’on doit s’adresser à un Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres ?

Axelle Red: Chevalière avec le vouvoiement obligatoire (rires).

Zicactu: J’aurais aimé que vous me décriviez cette fille sur la photo, plus jolie que Suzanne Mayer dans Desperate Housewives, qui n’est autre qu’Axelle sur le pas de sa porte ?

A. R.: Merci pour le compliment. Sur cette photo il y avait vraiment un clin d’oeil pour montrer la femme qui attend son journal et qui n’a rien d’autre à faire.

Zicactu: C’est une drôle de conception de l’image de la femme ?

A. R.: Je crois qu’à l’intérieur elle a compris le message. Il y a un double sens sur ce visuel. Tu vois une fille qui va chercher son journal mais avec une tenue charmante et haut talons. Je ne suis jamais loin de l’autodérision.

Zicactu: En tout cas, au saut du lit vous êtes parfaite !

A. R.: Cela me fait penser à une anecdote, il y a quelques années j’habitais dans une petite rue en Belgique et je suis sortie en peignoir pour prendre des corn flakes que j’avais laissés dans ma voiture et là qu’est-ce que je vois stationnée: une voiture de flic; je me dépêche de filer dans ma maison, mon paquet dans la main, en pensant qu’ils ne m’avaient pas reconnue mais mon mari quelques jours plus tard, avait un rendez-vous au commissariat et quand ils ont vu où il habitait, ils lui ont glissé à l’oreille: “vous savez que vous habitez dans la même rue qu’Axelle Red ! Mais je vous préviens, nous l’avons vue le matin, c’est pas ça du tout !” (rires).

Zicactu: L’album débute par “Temps pour nous” et là on trouve notre Axelle Red comme on l’avait quittée mais à mon sens “Changer ma vie” et “Perles de pluie” sont là pour marquer la rupture ?

A. R.: Il faut voir cet album en entier pour voir l’unité de l’album. Dans “Changer ma vie”, il y a ce petit côté Burt Bacharach mélangé avec Jeanne Moreau qui me plaît bien et en même temps très Brodway et là je pense à “Singing in the Rain”. Mais déjà dans “Ce matin”, cela sonnait très “bacharien”. Cela me faisait plaisir avec “Temps pour nous” que les gens retrouvent ma griffe mais d’un autre côté, j’ai composé 60 chansons pour cet album.

Zicactu: C’est énorme !

A. R.: Je voulais m’inspirer de la tradition des songwriters. Je voulais faire un classique ! Je voulais faire un chef d’oeuvre (rires). Et pour ce faire, il faut commencer par des chansons très fortes. Mon ambition c’est de donner une raison d’acheter mon album. Il y en a tellement qui sortent qu’il faut avoir un motif valable et je désirais, plutôt que de voir télécharger un ou deux singles potentiels, encourager l’achat du disque en entier.

Zicactu: L’écrémage de ces 60 titres s’est fait par obligation alors ?

A. R.: Tout mon album est constitué par les textes comme un livre et a une durée de vinyl. Tu ne peux pas savoir comme j’avais mal au coeur parfois. Tout à la fin j’ai dû enlever 3 titres qui étaient, disons, très prometteurs mais je tenais tellement à mettre toutes les chances de mon côté afin que cet album soit écouté en boucle que j’ai dû m’y résoudre.

Zicactu: Il en reste donc 15 ?

A. R.: J’avais une chanson qui sonnait comme “Sensualité” que j’aimais bien mais elle résonnait dans ma tête comme quelque chose que j’avais déjà fait, comme une répétition, donc je ne l’ai pas enregistrée.

Zicactu: Sur ce disque, vous modulez aussi votre voix de manière différente comme sur “Papillon” ?

A. R.: Oui, je lui fais changer beaucoup de tessiture. Je monte très haut et je vais très bas parfois. Willie Mitchell m’appelle d’ailleurs Mohamed Ali ! Il était très fan de l’album. Il savait qui j’étais, il avait entendu les maquettes, il me parle encore et toujours de l’album. D’ailleurs il allait chercher les accords sur un petit clavier Casio qu’il avait acheté pour son petit-fils.

Zicactu: Qu’est-ce qu’il y a de caché ou d’ouvertement déclaré dans ce titre “Jardin Secret” ?

A. R.: Un endroit utopique. Une communauté où les gens peuvent se rejoindre. Toutes les personnes qui pensent qu’il est possible de vivre sans guerre, sans haine et à base d’amour sont les bienvenues. Il y a cette envie de tendre la main, de la prendre et d’emmener l’auditeur dans un lieu où il peut se ressourcer. J’ose surtout me remettre en question, me dévoiler sans pour autant parler de ma vie privée.

Zicactu: On dirait sur cet album qu’il y a plus d’innocence, d’espoir, comme si la petite fille que vous étiez et qui gagnait le concours des chaperons rouges a l’envie plus que jamais de rendre du bonheur ?

A. R.: L’album précédent était engagé mais de manière fâchée ! (rires) J’étais fâchée avec l’extrémisme, avec le “globalisme”, j’étais fâchée avec la drogue, la télé réalité, les mines anti-personnelles. Cet album était dur alors qu’ici, j’avais besoin d’un contrepoint pour ce que j’ai vu lors de mes voyages humanitaires. J’avais besoin d’une thérapie comme pour garder ce rêve utopique qui me permet pour beaucoup de continuer. Je voulais me créer une boule d’amour pour les gens qui me semblent en manque de repères. Aujourd’hui le monde justifie le mensonge. Ce qui me choque, c’est que les gens ne tiennent pas leur parole.

Zicactu: Etes-vous parfois trop naïve comme vous le chantez sur ce disque ?

A. R.: On ne peut pas être “trop” pour ce genre de chose. Ce n’est pas parce que quelqu’un te ment ou te fait du mal que toute l’humanité est identique. Ne soyons pas méfiants. De la méfiance, tu glisses vite vers l’intolérance et il suffit d’une grosse crise économique et c’est la guerre ici aussi.

Zicactu: Les histoires d’amours finissent mal… en général mais pas chez vous, c’est quoi la recette d’Axelle Red ?

A. R.: Je ne suis pas romantique dans le sens où je ne mets pas des bougies sur la table tous les soirs et il n’est pas indispensable de m’acheter des fleurs toutes les semaines mais je suis d’un romantisme qui correspond à ce qu’un être humain à besoin. Mon romantisme prend une dimension plus globale. Dans “Jure”, il y a toute une philosophie derrière, ce n’est pas une chanson d’amour, j’ai écrit ce texte pour dire que si on ne sublime pas ces moments passionnés, il n’y a pas matière à lutter quand cela va mal.

Zicactu: J’aurais aimé connaître l’avis de votre fille sur sa chanson ?

A. R.: Au début elle m’avait demandé de faire une chanson cool comme ‘Gloria’. En lisant ce mot “étouffé” dans la chanson, elle pensait que j’allais l’étrangler ! (rires). Je me suis effectivement inspirée d’elle mais je veux que ça parle à chaque parent dans la tradition d’un titre comme “Somertimes”. Une chanson universelle. De plus, le thème d’oser avouer qu’il est difficile pour un parent de lâcher son enfant ne s’était pas encore fait. On parle toujours de protéger mais jamais de cette volonté de liberté qui n’existe plus. Ce qu’avait la génération précédente mais, par exemple, en Belgique depuis l’affaire Dutroux, il y a un réel traumatisme. De plus le monde extérieur est rentré chez nous via le web.

Zicactu: Le fait d’être mère vous a beaucoup fait changer d’opinion sur le rythme insensé d’un artiste ?

A. R.: Ca fait changer beaucoup de choses dans le bon et dans le mauvais. Tu as beaucoup plus de craintes, cela peut t’amener de la force.

Zicactu: C’est votre belgitude qui vous a permis d’accepter autant de cultures dans la musique ?

A. R.: C’est à dire que l’on nous a tellement envahis en Belgique ! La Belgique est un pays très nouveau, rien n’est mâché, il faut prouver ses qualités tout le temps lorsque tu es belge. Quand tu parles le flamand et que tu n’es pas ouvert vers d’autres cultures, tu sais que tu n’arriveras pas à sortir de ta boîte. C’est vrai que j’aime l’idée d’être le fruit de cette diversité européenne. C’est ce que j’avais défendu devant le ministre de la culture européenne.

Zicactu: Avez-vous eu une réponse de Barroso, président de la Commission Européenne, sur votre interpellation concernant l’augmentation du budget pour les pays en voix de développement ?

A. R.: Il m’a promis que l’argent des sanctions dans le cadre de la concurrence serait utilisé pour le développement des pays pauvres. Donc un progrès ! Je ne dis pas qu’il va faire ça à cause de moi mais je tiens à croire que j’y suis un peu pour quelque chose… sinon j’arrête (rires).”

Zicactu: Malgré la pratique, comment fait-on quand on va enregistrer aux USA pour ne pas tomber dans le rôle de la petite francophone qui veut le son US ?

A. R.: Je travaille là-bas depuis longtemps. Au début j’y allais comme une fan qui se retrouvait avec le guitariste fétiche d’Otis Redding mais depuis quelque temps je me rends compte qu’ils ont vraiment un respect artistique pour ce que je fais. Avec ce nouvel album la boucle est bouclée: je n’ai plus de complexe en tant que compositeur. Je suis moi avec toutes mes influences. Des Carpenters à Burt Bacharach jusqu’à Aretha ! Je suis la somme de toutes ces références et sans complexe, je suis aussi fière d’être enfant de la génération des Carpenters que de celle d’Aretha Franklin.

Zicactu: Pouvez-vous me dire ce que vous trouvez là-bas et que vous n’auriez pas ici ?

A. R.: Je suis allée là-bas dans ce studio mythique avec mes amis ! Ce n’était pas de simples musiciens. Ca fait des années que je vais à l’église avec eux. Tu sais Cat-Power, quand elle est partie là bas, elle ne les connaissait pas. Elle a enregistré dans un nouveau studio alors que j’ai essayé de retrouver l’atmosphère d’avant avec les vieilles consoles, les vieux amplis ! La musique reste de la musique quelle que soit la langue dans laquelle tu chantes. Ils entendent que c’est de la musique américaine. Ils reconnaissent les références. Je ne suis plus considérée comme la petite belge qui débarque.

Zicactu: C’était magique Memphis ?

A. R.: Tu sais, les plus beaux moments de ma carrière, ce furent ceux passés à Nashville et ceux à Memphis dans le Royal Studio. On avait tout préparé dans mon home-studio chez moi mais là-bas ce disque a pris toute son ampleur. Tout était arrangé etc. mais lors de l’enregistrement je me suis rendue compte qu’il sonnait super facile, direct.

Zicactu: Le fait que Fabby lors vos débuts artistiques n’ait pas eu le succès au tournant et que vous retourniez ensuite sur les bancs de la faculté de droit n’a-t-il pas été finalement une super chose ?

A. R.: C’était un choix. Je ne voulais pas faire de concession. Mick Ronson qui était le producteur et le collaborateur de David Bowie voulait travailler avec moi mais la maison de disques souhaitait monter un produit de manière beaucoup trop préfabriquée ! Donc j’ai quitté ce milieu à l’époque pour ne pas souffrir. Je ne crois pas en la chance. La chance pour moi, c’est prendre des risques, c’est oser aller très loin même là où tu ne t’imaginais pas aller. Les gens prennent souvent la solution la plus facile, la plus directe…

Zicactu: Je voulais revenir sur votre titre de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres et plus particulièrement sur la politique de ce gouvernement envers les sans-papiers, les défavorisés: est-ce que vous avez eu l’occasion de glisser quelques règles élémentaires sur l’humanité que se doit d’avoir un gouvernement respectable ?

A. R.: Ce n’était pas l’occasion. J’étais juste avec le Ministre de la Culture… Je ne suis qu’une artiste indépendante, je veux bien être le porte-parole des gens mais je ne veux pas me fixer une bataille contre la droite ou la gauche.

Zicactu: En tout cas je vous remercie Axelle pour votre gentillesse…

A. R.: Attends, dis-moi quelle est la chanson que tu as préférée sur mon album ?

Zicactu: “Fruit Défendu” m’a beaucoup plue !

A. R.: Ho! Tu sais, ce titre j’ai voulu le faire car je désirais créer une chanson sur laquelle on peut faire l’amour. C’est un groove très sexuel. Tu as fais un bon choix ! (rires).

Propos recueillis par Pierre Derensy

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