BourvilPour nombre d’entre nous, Bourvil reste avant tout l’excellent comédien de La grande vadrouille, du Corniaud, de La cuisine au beurre ou du Cerveau. Mais cet homme jovial au sourire de grand enfant fut d’abord l’égal d’un Georgel, d’un Polin ou d’un Paulus, enregistrant près d’une centaine de disques dans le registre très prisé du comique troupier d’après-guerre, puis dans un répertoire plus varié.

Des Crayons à La rumba du pinceau, en passant par La ballade irlandaise, Salade de fruits, Je t’aime moi non plus avec Jacqueline Maillan ou A bicyclette, Bourvil a marqué de son inégalable rire et de son immense tendresse le monde musical des cinquante dernières années.

Bourville, Normandie, France, 1917

Né André-Zacharie Raimbourg-Ménart le 27 juillet 1917, dans un petit bourg rural de Normandie, Bourvil doit son nom d’artiste à son village natal, Bourville. Il naît orphelin puisque son père, André Raimbourg, est mort en début d’année sur les champs de bataille de la triste et grande guerre.

Remariée à Louis Ménart, la veuve Raimbourg et ses deux enfants, René et André, s’installent dans les alentours de Dieppe, où naîtront encore trois autres enfants de cette nouvelle union. La vie est rude dans la campagne normande de l’entre-deux-guerres, et les Ménart, aidés de leurs cinq enfants, travaillent dur à la ferme.

Dès l’âge de dix ans, André prend goût à la musique, en s’abreuvant des derniers tubes sur la TSF de l’instituteur du village. A quatorze ans, certificat d’étude en poche, il quitte la campagne pour le pensionnat de Doudeville. Eprouvé par cette vie d’enfermement, il s’enfuit et rentre chez lui. Sa vie, c’est la terre, à laquelle il restera attaché toute son existence.

Les premières notes

Après avoir étudié l’harmonica, l’accordéon et le cornet à piston, André intègre la fanfare du village. Mais à dix-neuf ans, il se sent pousser des ailes. Adieu la campagne, bonjour la ville. Il part pour Rouen et y exerce le métier d’apprenti boulanger, dans le but d’obtenir une situation et de demander en mariage son amie Jeanne Lefrique. Mais il n’en oublie pas pour autant la musique.

Puis un soir de 1936, c’est la révélation lorsqu’il assiste, sidéré, à un concert du grand Fernandel. C’est décidé, il sera artiste ! Mars 1937, direction Paris et le 24e Régiment d’Infanterie que le jeune Raimbourg vient d’intégrer. Il s’engage pour trois ans au sein de la clique du Régiment. Il y fait ses véritables débuts de chanteur, devant des camarades stupéfiés par son talent et sa drôlerie. Mais il brille aussi en dehors des murs étroits de la caserne, en remportant de nombreux Radio-crochets qui sont autant de petites victoires.

La guerre

Septembre 1939. la deuxième guerre mondiale commence, et avec elle, son lot d’exil et de souffrances. Raimbourg est envoyé sur le front, puis démobilisé en août 1940, près de Pau, où il fait la connaissance d’Etienne Lorin, son meilleur ami et le parolier de nombre de ses futures chansons. Ensemble, ils mettent au point les numéros du nouveau comique-troupier Andrel (c’est le nom que Raimbourg s’invente alors).

Retour à Paris en 1941. Mais personne ne veut du jeune normand. Sauf La Gaîté Montparnasse, qui finit par l’embaucher pour un soir. Il y chante ses premières compositions, accompagné d’Etienne. Puis il accompagne Bordas à l’ABC pour plusieurs représentations. Il met ainsi le pied à l’étrier du métier d’artiste. Après plusieurs contrats dans les cabarets parisiens, il décide de troquer son nom Andrel pour Bourvil. Nous sommes en 1942, et Bourvil débute véritablement sa carrière.

Il en profite pour épouser sa Jeanne, en janvier 1943. Petit à petit, ses contrats sur scène font parler de lui. Jusqu’à ce jour de 1944 où, ému par une petite vendeuse de cartes postales croisée dans les rues de Paris, il écrit Les crayons. Cette chanson passe sur toutes les ondes et devient son premier tube. Bourvil est maintenant une star !

Cinéma et opérette

Soudainement très sollicité, il obtient un premier rôle au cinéma dans La ferme du pendu en 1945, puis il tourne sous la houlette d’André Berthomieu dans Pas si bête. Il remplit les music-halls, vend ses disques comme des petits pains, joue dans de nombreuses opérettes et entame une fulgurante carrière au cinéma.

L’après-guerre est propice à l’explosion médiatique du jeune comique. Plus rien ne peut lui résister. Il devient papa le 28 avril 1949 et continue de tourner avec les plus grands (Pagnol, Grangier, Berthomieu, …). Sans manquer de consacrer une grande partie de son temps à sa famille, Bourvil poursuit sa carrière avec brio.

Malgré quelques critiques, chacune de ses apparitions est largement récompensée par un énorme succès public. Il faut dire que le Normand est toujours resté simple et populaire au sens premier du terme. C’est sur scène qu’il va décrocher un nouveau succès en 1952 aux côtés d’Annie Cordy et de Georges Guétary: l’opérette L’auberge fleurie se joue à guichets fermés au mois de décembre 1952 à l’ABC et son succès durera des années.

La maladie

Pendant vingt ans, Bourvil enchaîne les succès cinématographiques (La traversée de Paris, Le passe-muraille, Le chanteur de Mexico, Les misérables, Le bossu, La jument verte, Un drôle de paroissien, Le corniaud, La grande vadrouille, Le cerveau, …) et discographiques (Fredo le Porteur, Ballade irlandaise, Berceuse à Frédéric, Salade de fruits, Les papous, Ma p’tite chanson, La tactique du gendarme, …).

Puis en 1967, lors du tournage des Cracks, le couperet tombe. Au faîte de sa gloire, Bourvil apprend qu’il est atteint de la maladie de Kahler. Ses jours sont comptés. Il vivra en fait trois ans de plus, jusqu’à ce jour du 23 septembre 1970 où il s’éteint, à l’âge de 53 ans. Il venait de terminer le tournage du Cercle rouge avec Alain Delon et Yves Montand.

Derrière ses faux-airs de benêt, Bourvil a réellement marqué la chanson et le cinéma du vingtième siècle. Populaire et généreux, cet artiste unique a su apporter à son personnage de comique paysan une grande finesse. Chacun de ses rôles au cinéma a fait montre d’une grande intelligence du rôle, et ses interprétations des classiques (Marcel Aymé, Victor Hugo, Pagnol) ont marqué le public de plusieurs générations. Il fut l’un des rares à savoir teinter l’humour d’une extrême et délicate tendresse.

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Сommentaires (12)

  1. Djemaa Pascal a dit:

    Bonne semaine! Bis, Pascal.

  2. Jacques a dit:

    J’avais 18 ans, j’étais étudiant à Mons et il m’arrivait d’aller manger mon sandwich dans un café situé prés de l’hôtel où logeait Monsieur Bourvil à Mons pendant les représentations de La Route Fleurie au théâtre de Mons. Vers 12h30, je le voyais passer: probablement allait-il déjeuner. Un jour, n’y tenant plus, je suis sorti du café et lui ai demandé de signer une carte que j’avais préparée à cette intention. “Bien volontiers” furent ses paroles et il signa “Amicalement à Jacques – Bourvil” Je conserve cette carte précieusement.

  3. jacqueline a dit:

    il nous manque beaucoup j’ai été pensionnat où il était et c’est vrai c’était une prison mais jai 53ans et je suis la et toi t’es parti avant, je suis retournée dans le village où t’as mis ton nom et j’ai pris une photo pour dire que tu restes toujours avec moi je ne t’oublierai pas je reste fan de toi

  4. Elsa a dit:

    Merveilleux acteur, plus de 40 ans après je me souviens encore de ce film “Les culottes rouges” dans lequel il jouait avec Laurent Terzief. Peut-on revoir ce film aujourd’hui ??? Cela me ferait énormément plaisir. On a revu assez souvent “Fortunat” à la télévision et je l’ai enregistré, mais jamais Les culottes rouges, ce serait tellement bien

    1. hub76 a dit:

      Les culottes Rouges passeront au casino de Saint Valéry en caux le 23 Aout 2010 dans le cadre du Festival Bourvil

  5. papat a dit:

    Bourvil était comme un père pour moi et je l’ai pleuré comme tel. Son regard, sa tendresse, ses rires restes pouur moi à 51 ans comme les plus beaux moments de ma jeunesse. Les culottes rouges restent pour moi l’un de ses plus beaux films. Sa famille peut être fière, car il est toujours présent dans le coeur de la France et des Français. Chapeau Bourvil

  6. Berthe a dit:

    Bourvil homme que l’on ne peut oublier, des traces à vie.. les pièces de théâtre comme (la bonne planque) mes enfants et mes petits enfants adorent.. trop naturel il touchera encore beaucoup de générations on vous aimait bourvil et on est pas près de vous oublier. les bons partent trop tot et ça je veux bien le croire.. plus tard certes on se verra là haut et peut-être avec mon papa qui l’aimait tant, rire rien que le fait de vous voir, et surtout dans le théâtre et chansons .. on est vraiment fan de vous dans la famille. on s’ennuie, dans la vie, on passe une cassette, on se marre sans arrêt. on ne vous oubliera jamais mon cher bourvil

  7. poete a dit:

    je suis cauchois, j’habite a 7 km de la maison familiale de bourvil, j’ai toujours suivi ce que faisait mon voisin, comédie, tragédie, chant; aujourd’hui 21:09:08. j’invite maeva à venir sur le site de mr Raimbourg.

  8. nelly a dit:

    Bourvil c’est la seul personne qui arrive à me bouleverser quand je regarde ses films j’ai le coeur qui tremble tellement c’est beau et triste en même temps, personne n’a ce don depuis qu’il est parti. C’était un grand et vrai artiste. Lui et Fernandel ils resteront uniques et vrais même s’ils ne jouaient que la comédie

    1. etienne a dit:

      Je suis un grand admirateur de bourvil, cet acteur a un don unique, autant pour faire rire que pour faire pleurer. Il vit à 100% ce qu’il joue. Son rôle dans “l’arbre de noël” est particulièrement prenant.

  9. Jean Lou a dit:

    Je suis un enfant de l’île de la Réunion. Cela fait deux ans et demi que je travaille dans ce département. Bourvil, depuis toujours je le recherche. En lui, je retrouve un peu l’image de mon père qui nous a aussi quitté trop tôt (49 ans). Comme mon père, Bourvil me manque. Comme mon père, Bourvil restera à tout jamais dans ma mémoire. J’ai créé chez moi une Bourviléotèque. Tous les jours je le vois. Pour moi il est toujours là… J’aurai bien aimé rencontrer ses enfants. peut être un jour…

  10. Gilles a dit:

    C’est avec une certaine nostalgie que je viens de découvrir le site de Bourvil! Mon père né le 29/12/1914 a fait son service militaire également au 24ème R.I.C. à Satory près de Versailles et nous a légué une superbe photo sur laquelle il figure en compagnie de André Raimbourg avec leur “Cornet à Piston!!” et il nous racontait souvent les débuts dans des petits cabarets de Pigalle pour se faire un peu d’argent de poche. J’aurai tant aimé les faire se rencontrer! Gilles

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