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Biographie de Charlelie Couture

coutureC’est à Nancy que grandissent les enfants Couture, Bertrand Charles Elie, son frère Jean-Thomas (né en 1959 et qui deviendra Tom Novembre) et leur soeur Sophie, dans les quartiers populaires de la rue de la Charité.

Tout gosse, Bertrand crée des petits spectacles avec son frère et sa soeur. Il apprend le dessin en même temps que l’écriture et le piano à sept ans avec sa grand-mère.

Un poète urbain et voyageur

Puis à treize ans, c’est la guitare. Adolescent, il sait qu’il sera réalisateur et, avec son frère Tom, il réalise des petits films en super 8. Leur enfance est heureuse.

Leur père est antiquaire. C’est un homme gai, dynamique, rieur et joueur. Il vend des meubles mais sait reconnaître leur valeur artistique. Cet amour de l’art, il le transmet à ses enfants.

Ce père est aussi créateur, peintre, architecte, et ces multiples étiquettes donnent le goût des musées et des églises aux enfants. Musique et peinture enrichissent Bertrand et, à 16 ans, il prend la route pour découvrir la vie…

Après avoir passé le Bac en candidat libre, il s’inscrit aux Beaux-Arts afin que l’image le conduise vers le cinéma qu’il ne perd pas de vue depuis l’adolescence.

Pour vivre, il écrit et chante ses chansons: au hasard des routes, il se retrouve au Festival Folk de Cazals, et il y fait un passage remarqué. On lui propose même l’enregistrement d’un disque. Mais le temps passe et ce projet tombe à l’eau.

Douze chansons dans la sciure

Charlélie se consacre avec succès à la peinture. Mais, encouragé par un ami, Pierre Eliane, il finit par enregistrer et autoproduire un disque: Douze chansons dans la sciure en 1979, produit à 1000 exemplaires.

Etonnamment, le disque se fait quand même remarquer sur Europe 1, grâce à un concert à la Péniche, canal St-Martin à Paris, devant une vingtaine de personnes, dont… un critique du Monde. C’est ce dernier qui fera paraître un article élogieux sur Charlélie Couture, et ce dès le lendemain.

Puis c’est le Printemps de Bourges. Charlélie obtient parallèlement son diplôme aux Beaux-Arts.

Fort du succès de son premier disque, il enregistre son deuxième opus Le Pêcheur qu’il chante au Café de la Gare de son ami Coluche. C’est ici que Chris Blackwell (d’Island Records, producteur de Bob Marley, Robert Palmer, Grace Jones, …) le remarque et, en 1981, le troisième album de Charlélie, Pochette Surprise, est enregistré sous le label Island.

Local à louer

Il crée aussi avec Tom et des amis créateurs “Local à louer”, un groupe d’artistes qui exposent et se produisent dans un… local à louer dès 1982. Cette idée de l’art multiple encourage Charlélie dans sa voie créative: chanteur, écrivain, dessinateur, photographe, …

Son troisième disque est un succès. Les enregistrements s’enchaînent, jusqu’à une nomination aux Césars pour la musique du film de Claude Berri, Tchao Pantin, avec Coluche.

Par un chemin détourné, Charlélie accède enfin au cinéma tant convoité. Il vit alors entre Paris et Nancy, à écrire, peindre, sculpter et produire les disques de son frère et de ses amis.

Solo Boys

En 1985, au sommet de sa gloire, Charlélie marque une pause. Période Solo Boys, sur scène, ils sont trois ou quatre seulement. Retour au blues, retour aux sources, petites salles, deux ou trois mille personnes maximum. C’est une façon certaine pour lui de briser l’ennui qu’il craint tellement et de ne pas tomber dans le piège du show-biz.

Depuis, les disques et les ouvrages s’enchaînent, jusqu’au dernier album, Soudé soudés, en 2000. Pas mal pour quelqu’un qui disait en 1983 qu’il arrêterait la chanson dix ans plus tard !

Plus de vingt ans après ses débuts dans la chanson, Charlélie Couture reste un être à part, à la voix rauque et l’accent étrange, aux textes bruts, durs et purs, emplis d’images de BD et de dessins saccadés. Un artiste complet et sincère.

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Le grand sage Charlélie n’est pas encore un vieux bonze. Il respire encore et chante fort, ses guitares s’en ressentent et chauffent jusqu’à l’embrasement. Il n’y a qu’à écouter son dernier album New Yor Coeur pour s’apercevoir que l’homme sage est toujours un adolescent mi perturbé, mi chahuteur, mais avec un gros coeur en forme de pomme.

Zicactu: Charlélie, plus je vous regarde et excepté pour la toiture envolée en ce qui vous concerne, plus vous ressemblez à Moondog, vous connaissez ?

Charlélie Couture: Oui, je connais. Je connais même Moondog Junior, mais c’est très différent des musiques planantes dudit Chien de Lune.

Zicactu: A votre avis, est-ce par le “non” qu’on grandit et que l’on devient plus fort ?

C. C.: Quel que soit le jeu, on ne peut pas gagner la partie si on ne se décide pas à “prendre”.

Zicactu: A quel artiste avez-vous dit non pour la dernière fois ?

C. C.: Je reçois beaucoup de demandes sur mon site qui viennent d’artistes qui me demandent des premières parties…

Zicactu: Et le regrettez-vous ?

C. C.: J’avoue que je ne peux pas prendre deux personnes pour le même spectacle.

Zicactu: Plus on dit à Charlélie qu’aller par delà les océans est une connerie, plus il le fait ?

C. C.: Il y a heureusement des conseils que je n’ai pas entendus.

Zicactu: L’air de New York vous a rajeuni ?

C. C.: Je ne suis plus ce que j’ai été, mais je ne suis pas encore ce que je vais être.

Zicactu: Vous étiez parti pour la peinture et finalement la musique vous a rattrapé ?

C. C.: Je suis parti pour la peinture, point. La musique me court après oui.

Zicactu: J’ai l’impression en suivant votre parcours que vous vous servez de la peinture pour faire de la musique mais que la réciproque n’est pas vraie ?

C. C.: Peut-être. Je peins cependant rarement dans le silence, d’autant que, même lorsque mon baladeur est éteint, j’entends toujours de la musique. Le fait d’avoir fait des concerts dans le monde entier m’a donné une ouverture que je n’aurais pas eue, si j’étais resté dans mon atelier, tourné sur mes prospectives visuelles.

Zicactu: Bizarrement, ce disque est peut-être votre disque le plus français, le plus soigné dans le texte ?

C. C.: Un arbre n’est ni gai, ni triste, il est comme on le voit. C’est le regard qu’on porte sur le monde qui fait le monde. Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des interprétations de la réalité.

Zicactu: Musicalement, là il tend vers le rock abrasif des clubs, vous aviez envie de vous lâcher à nouveau ?

C. C.: Depuis “Poèmes rock”, c’est le premier disque que j’enregistre live en studio. Ça change tout en effet. L’énergie qu’on dégage sur scène apparaît telle quelle sur les morceaux qu’on a enregistrés. Du fait de l’urgence, je me suis moins posé de questions.

Zicactu: C’est l’instinctivité dans votre façon de travailler qui vous a amené à mettre de l’énergie ou est-ce plutôt la compagnie de musiciens qui aiment monter les amplis ?

C. C.: Les choses que j’avais à dire ne devaient pas être murmurées. Les musiciens n’écoutent pas les textes, c’est la musique qu’ils font parler, et c’est ce que je cherche depuis toujours: trouver une concordance entre des textes forts si désespérés soient-ils et une musique qui refuse de se laisser abattre.

Zicactu: Vous dites que ce disque est une bombe, un éclair de lucidité dans une période de brouillage. Souffrez-vous de la crédulité du monde manichéen ?

C. C.: Influencé par la pub et le marketing, le monde s’est simplifié au point de ne véhiculer que des “concepts”, c’est à dire des idées concentrées comme des sirops.

Zicactu: On vous sent sur la ligne entre le meilleur et le pire. Il y a beaucoup de chansons où vous êtes partagé, mitigé par un choix que vous ne voudriez pas prendre ?

C. C.: J’ai appris à admettre qu’il fallait rester disponible et alerte. Je ne fais plus de projets à long terme. Oui, la frontière entre le beau et le laid, entre le bien et le mal est toujours très difficile à établir. Je suis ma ligne en effet.

Zicactu: C’est un moyen aussi de déclarer qu’un artiste ne se positionne donc jamais mais surtout ne doit pas se faire rattraper car un artiste n’a pas à donner son avis mais plutôt donner du plaisir ?

C. C.: Etre un artiste c’est simplement être mu par la puissance de ses émotions plutôt que par l’analyse et la réflexion cartésienne.

Zicactu: Dans vos chansons, on vous sent aussi plus radical sur vous-même, avec moins de compromis, totalement libre de se faire tirer des auto-portraits musicaux ?

C. C.: J’étais un des fils du rock français, maintenant j’en suis un des pères. Je n’ai plus rien à prouver. Je suis ce que je suis, qu’on le veuille au non. J’assume.

Zicactu: Vous partagez la production du disque entre New York et Paris. Pourquoi ne pas avoir tout réalisé là-bas ?

C. C.: J’ai tout fait à New York: enregistrement, mixage et mastering. Tout a été fait à New York à part quelques prises d’essais que j’avais faites avant et que j’ai emmenées là-bas sur un disque dur.

Zicactu: Qu’est-ce qui s’est passé dans la chambre où vous avez mixé votre album, un incendie ?

C. C.: Oui, dix jours après notre départ, l’étage entier est parti en fumée. Un gros incendie au 16e étage de l’hôtel. On a travaillé dans un étage en travaux dans lequel nous étions seuls à part les ouvriers et une Belphégor qui refusait de se faire déloger malgré les marteaux-piqueurs. On nous avait autorisé à y faire notre boucan, mais on en faisait encore moins qu’elle avec ses télés à fond. Dix jours après donc, elle est partie…

Zicactu: Est-ce que votre exil était dû aussi au fait qu’ici dans l’autre pays du fromage on n’aime pas segmenter un artiste dans plusieurs domaines ?

C. C.: C’est ça, j’étais comme une vache qui rit emballée dans mon papier aluminium.

Zicactu: Marseille, c’est le New York de l’Europe ?

C. C.: Marseille, c’est la ville de Mars, avec les brillances et les reflets sur l’eau, avec les accents qui chantent et l’OM qui fédère la ville. New York c’est Babel, la ville la plus riche et la plus cosmopolite du monde, la “villusion”, la ville de toutes les illusions, la cité de la diversité.

Zicactu: Votre histoire d’amour avec le web dure depuis longtemps déjà. Que trouvez-vous de bien dans ce média tant décrié ?

C. C.: Un contact direct de personne à personne. Le moyen d’éviter ceux qui parlent au nom des autres et qui en profitent pour leur faire dire ce qu’ils veulent entendre. Sur le web, chacun dit ce qu’il pense.

Zicactu: Moi je crois que ce qui vous plaît, c’est d’être sur une île ?

C. C.: Si je voulais être sur un Nil, je serais au Caire…

Zicactu: C’était dans l’ordre des choses que le mec d’un avion sans aile aille planer au 19e étage d’un building de la grosse pomme (désolé, j’étais obligé à un moment ou à un autre de placer “un avion sans aile” dans l’entretien) ?

C. C.: Ouais, je vois, c’est comme un gimmick, faut arriver à le placer. Sache juste que j’y vais en vélo. Je me gare sur le trottoir et j’y grimpe en ascenseur.

Zicactu: Après le 11 septembre 2001, prendre ses valises et être étranger dans une ville traumatisée fut-il quelque chose de facile ?

C. C.: Rien n’est jamais facile, pour personne. Ce n’est pas facile d’être une antilope, ce n’est pas facile d’être un lion. Ce n’est pas facile d’être juif, ce n’est pas facile d’être un bon père, ce n’est pas facile d’être heureux, ce n’est pas facile d’être intelligent, ce n’est pas facile d’être tout court, pour personne. Donc, en effet, refaire sa vie et quitter son pays pour l’amour de l’Art, pour préserver ma liberté de créer, pour croire à demain, pour toutes les raisons qui m’ont poussé à partir, tout ça n’est pas facile. Mais quoi? Quand j’y serai arrivé, je saurai aussi pourquoi et comment je suis là où je suis. On grandit dans l’effort quand celui-ci ne vous vainc pas.

Zicactu: Avez-vous sillonné le reste des États-Unis ou ne prenez-vous du plaisir qu’en vue de la Statue de la Liberté ou de l’Empire State Building ?

C. C.: Je suis à New York, pour l’instant. Je ne cherchais pas ailleurs “New Yor Coeur” !

Zicactu: Vous êtes de la génération du rêve américain, alors pas trop déçu ?

C. C.: Les États-Unis sont en évolution. Appuyé par une bande de stratèges habiles qui tirent les ficelles, le fils du père qui dirige le pays a fait des choix politiques et d’engagements militaires qui ne sont pas partagés par la moitié du pays. Il en va d’ailleurs de même pour la France. Tous les Américains ne sont pas comme ça…

Propos recueillis par Pierre Derensy

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