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Biographie de Léo Ferré

Léo FerréC’est à Monaco qu’Albert Ferré naît le 24 août 1916, après sa grande soeur Lucienne en décembre 1913. Leurs parents, Joseph et Marie (dite Charlotte), enfants d’Italiens, ont une bonne situation professionnelle dans la Principauté: lui, homme catholique, carré et droit, est employé de la société des Bains de Mer, propriétaire du Casino, et Charlotte tient une boutique de couture.

Enfance ensoleillée à Monaco

Cette appartenance à une certaine bourgeoisie de Monaco offre aux enfants Ferré une enfance aisée. A propos de son enfance, il est conseillé de lire son roman largement autobiographique, Benoît Misère, aux Editions Robert Laffont (1970).

La famille Ferré est nombreuse (cousins et cousines, oncles et tantes à foison) et très liée. Léo grandira entouré de nombreuses femmes. Avec ses amis, il s’initie assez tôt au théâtre, à la comédie. Puis, vers dix ans, il découvre la musique avec Beethoven, par l’entremise de son oncle Albert, violoniste professionnel.

1925, l’exil de Bordighera

A neuf ans, suite à ses mauvais résultats scolaires, il devient interne au collège français Saint-Charles de Bordighera en Italie. A vingt kilomètres de chez lui, il n’en est pas moins complètement isolé et exclu. Il se sent seul et abandonné. Ce sera sa “prison”.

Il y restera huit années, huit longues années, et cette expérience fera naître en lui un anticléricalisme aigu. Il y apprend néanmoins la musique et l’amitié. Mais c’est aussi une enfance violée qu’il vivra à Bordighera, victime des attouchements du surveillant général.

Le Bac et la liberté…

1933. C’est l’année du Bac. Le rater, c’est refaire une année de plus à Saint-Charles. Léo travaille dur et l’obtient. Il part alors au lycée, l’actuel lycée Albert 1er, et donne des cours de français au collège… Saint-Charles de Bordighera.

Mais c’est un Léo grandi qui donne ces cours, et non plus le petit être fragile et soumis. Parallèlement à ces cours, il écrit quelques articles pour Le Petit Niçois et réalise des interviews auprès de musiciens d’alors.

Paris…

Automne 1935. Léo part à Paris et fait son droit pendant que Lucienne, sa grande soeur, étudie à l’école dentaire. Avec des amis, ils errent dans les rues de Paris. A vingt ans, dans la capitale, il perd sa virginité avec une putain. Les filles, pour lui, c’est difficile: “Pour tout bagage on a sa gueule…” (20 ans).

Il sort beaucoup, mais pas dans les musées, plutôt dans les boîtes et les cinémas. Il découvre Trenet en 1938, et comme toute sa génération, il est ébahi devant le fou chantant. Léo est un jeune étudiant qui s’amuse, et il vit alors bien loin des préoccupations politiques et sociales du Front Populaire ou de l’avant-guerre. En 1939, il obtient son diplôme de Sciences Po.

“Et la guerre arriva…”

Léo est embrigadé à Montpellier, Sète, Saint-Maixent-l’Ecole, … Il échappe au feu, et en fuyant la France occupée, il rejoint Monaco où la guerre se passe, chez ses parents. Dans l’oisiveté monégasque, Ferré se pique de musique et d’écriture.

En février 1941, il se produit pour la première fois en public. Quelques mois plus tard, alors que Trenet se produit à Montpellier, Léo parvient à obtenir le droit de lui jouer trois chansons. Le grand Charles l’écoute et, mieux que ça, l’encourage et le félicite.

Automne 1943, Léo épouse Odette, un mariage fragile qui ne durera pas. Les jeunes mariés finissent la guerre au nord de Monaco, dans une ferme où le nouveau paysan continue cependant l’écriture. Lors d’un bref passage à RMC, il croise Piaf qui lui conseille de retrouver Paris pour “percer”.

Paris me revoilà !

1946: retour à la capitale où Léo se produit, au Boeuf sur le Toit, en même temps qu’Aznavour et les Frères Jacques. En 1947, un contrat les emporte aux Antilles où, jouant de malchance, ils resteront bloqués près de six mois !

A son retour, quelques-unes de ses chansons se font remarquer grâce à Catherine Sauvage ou Yvette Giraud. Mais le couple Ferré explose sous le poids de la bohème. Célibataire, Ferré joue aux Assassins avec Salvador, et fait les soirées dans un hôtel parisien.

Il signe la même année son premier contrat avec une maison de disques: Le Chant du Monde, maison à mouvance communiste. Il fréquente Saint-Germain des Prés, Gréco, Sartre, Vian, Francis Lemarque, J.M. Thibault, Queneau, Yves Robert. Les journalistes commencent à parler de cet étrange personnage. On le voit au Quod Libet, aux Assassins, aux Trois Maillets, au Milord l’Arsouille, …

Madeleine et Apollinaire…

C’est au Bar Bac que Léo pas encore divorcé rencontre Madeleine. Ils s’aiment comme deux gosses et s’installent dans le 5e arrondissement avec Annie, la fille de Madeleine. Léo passe sur France Inter et enregistre en juin 1950 son premier disque: La vie d’artiste et un second L’île St Louis.

Le mariage de Léo et de Madeleine aura lieu en 1952 à Monaco. La même année, Catherine Sauvage fait de Paris Canaille, écrit et composé par Léo, un tube. C’est son premier succès mais pas encore la fortune. Léo signe à L’Odéon ses premiers enregistrements “lucratifs” en 1953 puis 1954.

Ces titres lui offrent le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. Il s’attaque alors à Apollinaire que Rainier de Monaco, par le hasard des rencontres, lui permet d’enregistrer avec l’orchestre de Monte-Carlo en 1954. C’est enfin le triomphe, à près de 40 ans, avec La chanson du mal-aimé.

Un succès bref

Malgré ses succès et un Olympia en 54, Léo dérange et ses airs d’ours mal léché ne collent pas avec le monde du music-hall. Déçu, Ferré quitte la scène pour l’écriture. Il déménage en Normandie pour s’isoler, ce qui ne l’empêche pas de sortir un disque en 1955, puis Poète… vos papiers en 1956 (poèmes et textes), et de préparer Benoît Misère, son roman autobiographique.

En 1956, il a la mauvaise idée d’écrire et d’interpréter un “feuilleton lyrique” intitulé La Nuit. C’est un bide total qui le blesse profondément. Il s’attaque à Baudelaire en 1958, joue à Bobino, mais c’est l’éloignement et l’isolement qui le comblent. Il achète une île en Bretagne (Du Guesclin) où il travaille sur Aragon avant de l’enregistrer en 1961 chez Barclay.

Eddie Barclay et le Roi Léo

C’est Eddie Barclay qui propulse Ferré au sommet de la gloire (comme Brel, Aznavour, Aufray, Nougaro, …). C’est aux éditions Barclay que Léo enregistre en effet quelques-uns de ses plus grands succès: Paname, Jolie môme, Merde à Vauban.

Nous sommes alors en 1961, Léo a 45 ans et fait sa rentrée à l’Alhambra et au Vieux Colombier. Il agrandit la famille en adoptant Pépée, une chimpanzé d’un an, et choisit un nouveau lieu de solitude: le château de Perdrigal, dans le Lot. Une solitude entrecoupée de “commandos bifteck”, concerts et tournées pour gagner l’argent du ménage.

Isolement et déchéance

Les Ferré s’isolent vraiment dans leur château: les animaux, une poignée d’amis, et c’est tout. La vie est difficile, malgré les escapades musicales de Léo, tournées et enregistrements. Cette vie de reclus les rend mélancoliques, les affaiblit. C’est le désordre au château: Pépée est un enfant trop turbulent, voleur de liberté.

Après 18 ans de vie commune, au printemps 68, c’est la rupture. Madeleine fait abattre Pépée, blessée et malade, et les Ferré se séparent.

La fuite vers la liberté

Pour fuir ces drames, Léo rejoint Paris, puis l’Ardèche et la Lozère avec Maria-Christina, sa nouvelle compagne. 1969: il est au sommet. Bobino, la Mutualité, … C’est aussi l’année de C’est extra. En janvier de la même année, François René Cristiani réunit Ferré, Brassens et Brel pour une rencontre mythique immortalisée par Leloir.

Cet été 1969, Léo et Marie trouvent un lieu de solitude en Italie, près de Florence. En 1970, le 29 mai, le premier enfant de Ferré naît en Suisse: Mathieu. “Naît” aussi son roman Benoît Misère en librairie au mois de juin.

En ce début d’année 1970, la vie est difficile pour Ferré. Lui qui n’a pas participé aux évènements de 1968, lui qu’on politise trop, lui sur lequel reposent trop d’espoirs, on l’agresse, le malmène, on lui crache dessus pendant ses concerts, on appelle à sa mort.

Léo est victime de Ferré. Ces incidents dureront longtemps, même des années plus tard, en 1973, à Lyon ou à Toulouse.

1973 vie et mort

1973. Joseph, son père, meurt. Les amis et musiciens de Léo le quittent après quelques brouilles. Il est seul, seul sur scène. Il se rattache à sa famille qui s’agrandit le 20 juillet 1974 avec la naissance de Marie-Cécile.

Auparavant, en mars, il épouse la mère de ses enfants, à Monaco. Ferré ne pense que musique. 1975: c’est la scène avec 70 musiciens pour diriger la chanson du mal-aimé. Finis les concerts houleux, seul face à la foule hostile. Léo est chef d’orchestre.

Le 26 janvier 1978, Manuela, son troisième enfant, naît à Monaco, et quelques jours après, Charlotte, la mère de Léo, meurt. Il en est terriblement affecté. De nombreuses tournées l’occupent alors, mais Ferré retourne souvent chez lui, en Toscane, dans son havre de paix.

Exil et concerts

Malgré cette retraite, Léo enchaîne les concerts les uns après les autres, de 100 à 150 par an ! Il accorde aussi beaucoup d’entrevues.

En 1988, à 72 ans, Léo montre ses premiers signes de faiblesse. Il tombe malade mais reprend quand même la scène. Au printemps 1990, un bel hommage lui est rendu par la parution chez Barclay de l’intégrale Ferré, composée de onze CD !

Au Théâtre TLP Dejazet, fin 1990, il donne une série de 25 concerts, terminant chacun d’eux par Avec le temps, et exigeant de son public de le laisser quitter la scène en silence, sans applaudissement ni rappel. On imagine alors cette chanson superbe à laquelle succède un silence de mort, une absence, le néant…

En septembre 1991, Ferré enregistre Une saison en enfer, son dernier disque. Ses concerts sont douloureux: trous de mémoire, jambes lourdes, fatigue, … Le corps ne suit plus. C’est la descente aux enfers. De son opération au Kremlin Bicêtre à sa retraite à Castellina, Léo se meurt, le Roi se meurt et s’éteint, le 14 juillet 1993 vers dix heures du matin.

zicactu.com

Discographie de Léo Ferré

La discographie de Léo Ferré n’est pas encore disponible.

Сommentaires (11)

  1. flicka a dit:

    Léo Ferré: Jamais égalé.
    Aujourd’hui des imbéciles critiqueraient “petite” en l’accusant de pédophilie, “ils ont voté et puis après” le targuant d’irresponsable, et lui feraient un procès à propos de la phrase “et les flics qui passent en prennent plein la gueule “. Qui sait même s’ils ne le soupçonnerait pas de zoophilie en insultant la chanson “pépé” . Ils lui reprocheraient d’avoir chanté Marizibil d’Appolinaire, parleraient d’antisémitisme à propos de (” il était juif et sentait l’ail”), comme on dirait de Brassens qu’avec “les 2 oncles” il n’aurait pas dû renvoyer dos à dos les partisans de allemands et les partisans des ricains et on le renverrait en boomerang à la shoa comme s’il y était pour quelque chose….
    Ce n’est pas un hasard si le politiquement correct de la télévision a si peu rendu hommage à Léo ferré (qui la fuyait) même après sa mort.
    Le seul qui soit un peu dans cette lignée est Bertrand Cantat, et il faut voir le sort qui lui est fait à lui aussi. Il a ce lyrisme et cette révolte de Léo Ferré. Et des textes…
    Bien sûr quelle chaîne TV oserait passer la chanson “L’Europe”? Brigitte Fontaine qui l’a co-écrite n’est invitée dans les émissions de divertissements que parce que les ignorants ne savent rien de sa carrière et ne l’exposent que parce qu’ils la prennent seulement pour une excentrique qui est regardée sur les plateaux avec des yeux écarquillées par d’autres chanteurs bien plus domestiqués bien que jouant les rebelles.
    Quand on pense qu’on est passé de Ferré à un certain nombre de trentenaires qui racontent leur petite vie, genre: on ira pas chez l’autre couple de copains petits bourges comme nous , on va plutôt commander des pizza et se mettre sous la couette…pour que les autres trentenaires nombrilistes s’identifient à eux. Et que ce meckton et le fils de Delerm (la lecture du père au moins donnait du plaisir) font un tabac…
    Brassens avait raison de dire que la connerie n’est pas une question d’âge: vieux cons et jeunes cons; hélas pour 1 Cantat ou un Thiefaine dans cette génération, il y a des tas de petits cons qui ne valent pas l’orteil de certains de leurs aînés.
    Et idem en littérature: je préfère la vie et la liberté de ton de Lucie Ceccaldi (qui s’est battue avec Vergès pour l’indépendance de l’Algérie) à tout “l’oeuvre” de son fils Houellebecque.

    1. serge a dit:

      zicactu : sinon pour la pizza c’est pas delerm mais Benabar 🙂

  2. heaulme2007 a dit:

    bonjour Pasc de Payenne, tu peux me joindre car je suis très intéressé par les livres sur Léo Ferré. merci e.mail: alain0105@aol.com

  3. pasc a dit:

    Bonjour, j’ai beaucoup de vyniles de Léo Ferré… j’ai beaucoup de livres de Léo Ferré… Y a t-il quelqu’un d’intéressé ? car mon ami (décédé) était fan de Léo, il y même réalisé des tableaux à l’huile de Léo…

    1. Christine Etienne a dit:

      Bonjour ! Déjà 3 ans que votre commentaire a paru… et je suis intéressée par le(s) livre(s) de Léo Ferré. Si la proposition tient toujours, je serais ravie d’en recevoir. J’ignorais qu’il avait écrit un livre autobiographique Merci d’avance de votre réponse…

  4. Clémence a dit:

    Léo, j’ai 67 ans et je t’écoute tous les jours, je garde un souvenir sublime de la soirée à Bobino – il y avait aussi Madeleine… – c’est fort, puissant, lyrique, poétique, c’est merveilleux et inoubliable. Merci Léo pour tout ce bonheur, moi aussi j’espère t’entendre encore là-haut !

  5. séb jordan a dit:

    Un grand merci pour le trésor que tu nous as laissé!!! Hé oui Léo, c’est ainsi que les hommes vivent… ennivrés par ta musique.

  6. sylviedouly a dit:

    moi je ne vis qu’à travers cet homme depuis l’âge de 14ans et je vais en avoir 44, mon seul souhait et desir c’est que le jour où je partirai pour l’autre vie ce soit lui qui vienne m’accueillir. 34ans que leo vit avec moi journelement et jamais personne ne prendra sa place car pour moi leo c le seul homme que j’aurai voulu rencontrer

  7. dany a dit:

    Le mutisme des médias, des artistes… y compris le jour de la mort de cet immense artiste me révolte. Pourquoi ce silence?

  8. jérôme a dit:

    Léo… pire qu’un lion… connu, célèbre et n’étant pourtant ni un politicien, ni une idole… rien qu’un homme, un artiste, poète engagé, libertaire, c’est sans doute pour cela qu’il eu tant de talent: lui ne reconnut aucune autorité, aucune oppression qui put le borner, l’emprisonner. lui si libre, ne recevant d’ordres de personne et n’en donnant pas non plus, critiquant ce qu’il y a à critiquer, gueulant des paroles pleines de vrai quand il le fallait, et même s’il y en a pas un sur cent, il y en a encore, même si il y a pleins d’idoles, de stars, de musiciens plus businessmen qu’artistes, il y en a… et puis il y a l’espoir, qui demeure… l’espoir… et ton souvenir !!! chanteur à la voix, poète aux vers exceptionnels, toi qui nous a donné soif de liberté, de solidarité et d’amour… ces mots, ces vertus gravées à jamais en nous…

  9. vincennzzo a dit:

    on ne me fera jamais croire que c’est le hasard, si t’as pris ton envol un 14 juillet !! c’est bien toi ça! vielle anar ! je vais bientot fêter ta révolution !;)

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