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Biographie de Louis Chedid

Louis ChedidIl fait partie de nos artistes les plus discrets. Et pourtant, Louis Chedid est extrêmement présent dans le paysage musical français: de Ainsi soit-il au Cha-cha de l’insécurité, en passant par T’as beau pas être beau, Anne ma soeur Anne ou Ces mots sont pour toi, la plupart de ses chansons font partie de notre patrimoine.

Fils de l’écrivain Andrée Chedid et père du non moins célèbre M (Matthieu Chedid), Louis s’épanouit parfaitement entre l’intimité de l’écriture et l’exposition médiatique de la musique. Un savant équilibre qui ressemble à la sagesse.

Chedid, à la croisée des cultures, naît à Ismaïlia en Égypte, le 31 décembre 1947, et ne sera déclaré que le lendemain, le 1er janvier 1948. Comme si inconsciemment, il lui fallait déjà vivre entre deux époques. A six mois, il vit son premier exil et se retrouve à Paris avec ses parents et sa soeur aînée Michelle.

Entre un père scientifique et une mère écrivain et poétesse, il est normal que s’exacerbe la sensibilité du jeune Louis. Très tôt, vers l’âge de six ans, il vit son premier choc musical à la Salle Pleyel. Son éducation dans une école religieuse est stricte, et Louis trouve dans la musique et le chant une évasion salutaire.

Le cinéma

Adolescent, il se lance avec frénésie dans l’art sous toutes ses formes: la musique bien sûr, sur la vieille guitare de son père, mais aussi la lecture, le cinéma, l’écriture et la peinture.

C’est le cinéma qui va tout d’abord captiver son attention. Le bac en poche en 1968, et malgré ses premiers essais musicaux dans des groupes de copains, Louis quitte Paris pour la Belgique, Bruxelles, et intègre pendant deux ans une école de cinéma.

Il en sort monteur et rejoint Paris où il travaille pour la firme Gaumont. Mais à vingt-deux ans, jeune papa d’Émilie puis de Matthieu (en décembre 1972), il retrouve ses premières amours et écrit quelques chansons qu’il enregistre sur un vieux magnéto.

Les balbutiements

François Bernheim, de la firme Barclay, est de suite séduit par ses chansons drôles et inattendues. Il lui permet d’enregistrer son premier album Balbutiements en 1973, puis dès 1974, un double album porté par le titre phare Nous sommes des clowns. Ce morceau résume la philosophie de Chedid: l’ironie amère sur notre condition humaine et la lutte contre les inégalités sociales. Un coup de canif aux conventions, avec un large sourire pour accompagner la morale de ses chansons.

Mais le succès n’est pas encore au rendez-vous. Pour nourrir sa famille, Louis compose de nombreuses musiques de pubs. Il faut attendre 1977 pour que le chanteur fasse la première partie de Nicole Croisille à l’Olympia, et l’année suivante pour qu’il s’impose avec son tube T’as beau pas être beau.

D’années en années, Chedid peaufine son style comico-social: Egomane, Cocotiers bananiers, et surtout Ainsi soit-il cartonnent dans tous les hit-parades. Puis Anne ma soeur Anne ou Le cha-cha de l’insécurité mettent en valeur la qualité d’écriture du chanteur. Des textes dans lesquels il dénonce l’injustice, la violence ou la pauvreté, avec une pointe d’ironie amère. Un style très proche finalement d’un Souchon, pour lequel Chedid co-écrit Banale song et trois autres titres en 1986.

Côté cour, l’artiste agrandit sa famille puisque naissent en 86 et 87 Joseph et Anna, ses deux derniers enfants. A un rythme très régulier, Chedid construit son oeuvre, sans trahir ses convictions ni ses émotions (Bizar, Zap-Zap, Ces mots sont pour toi, Répondez-moi).

Etrangement, et ce malgré la reconnaissance du public et de la profession, l’artiste a tendance peu à peu à s’éloigner des médias. La quarantaine passée, il traverse une période qu’il qualifie lui-même de difficile et sombre. Ses créations s’en ressentent, qui éloignent un certain public, malgré des albums d’une grande qualité poétique et musicale.

Mais Chedid donne alors l’image d’un mélancolique vieillissant et mal dans sa peau, image que le succès de son fils Matthieu, sous le pseudo de M, vient confirmer. En effet, M joue dans un tout autre registre et développe dès 1997 un rock baroque et coloré (Machistador, Le complexe du Corn-Flakes), aux antipodes, en apparence, de la sagesse mélancolique et à fleur de peau de son père.

Bouc-Bel-Air

Enfin, Chedid père sort en 2001 l’album de la renaissance, Bouc-Bel-Air, du nom du village provençal où il aime se retirer. Plus optimiste, plus gai, sans pour autant abandonner l’ironie réaliste de ses textes, cet opus relance la carrière et le moral du chanteur.

A 55 ans, Louis Chedid suit son parcours avec une régularité et une fidélité que beaucoup lui envient. Auteur plein de poésie et de réalisme mordant, il sème au fil des décennies, de petits bijoux de sagesse et de musicalité.

Apprécié, repris, honoré (ses titres figurent dans des dizaines de compilations et Les Enfoirés ont repris sur scène T’as beau pas être beau), Chedid revient sur le devant de la scène en ce début de millénaire et s’offre une seconde jeunesse.

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Louis ChedidIl était une fois un petit garçon perdu dans un grand magasin, au milieu d’un univers consumériste et pas forcément féerique. Voilà la trame de départ du Soldat rose, très bon conte musical de l’ami Louis Chedid et de sa bande d’indiens de la chanson française. Cet album n’est pas destiné qu’aux enfants: les moyens, les grands peuvent y trouver du plaisir. Peut-être même plus que leurs bambins. A déposer aux pieds de tous les sapins.

Zicactu: Comme le veut la formule: Il était une fois Louis qui rêvait au Soldat Rose ?

Louis Chedid: Pas au soldat rose en particulier mais qui rêvait de faire quelque chose d’un peu plus conceptuel qu’un album chanté par plein d’interprètes différents. C’est quelque chose que j’ai dans la tête depuis très longtemps. Mais bon, parfois on a des fantasmes qu’on n’assouvi pas tout de suite et c’est la rencontre avec Pierre Dominique Burgaud qui a fait le déclic.

Zicactu: C’est un vrai travail à quatre mains ce conte ?

L. C.: Oui vraiment, ce fut un ping-pong permanent. C’est à dire qu’on s’est rencontré pour la première fois il y a 2 ans. C’était un auteur qui travaillait chez BMG, j’aimais beaucoup ses textes, nous avons déjeuné ensemble et je lui ai demandé de faire un conte musical pour enfant. La petite anecdote, c’est que le jour où nous avons mangé, il venait de récupérer un texte pour un livre d’enfant. C’était déjà un bon signe (rires). On a démarré comme ça: avec des idées dans tous les sens, en sachant que nous ne voulions pas faire un conte musical avec des animaux, qui est quelque chose de fait et refait. Nous voulions nous démarquer. Nous voulions situer ça dans un angle assez réel. L’idée du grand magasin, c’est le mélange du concret et les jouets qui s’animent, c’est l’imaginaire pur.

Zicactu: “Le Soldat rose”, c’est le vilain petit canard de Monsieur Chedid ?

L. C.: Exactement, c’est celui qui est rejeté, un anti-héros qui devient un héros. C’est assez attendrissant et finalement la vie est pareille. Quand on raconte la vie de gens dit “ordinaires”, on s’aperçoit qu’ils ont tous une histoire bien particulière.

Zicactu: Le troisième à venir symboliser votre rêve, c’est le dessinateur Cyril Houplain ?

L. C.: La première étape, ce fut d’écrire les chansons et moi je les ai maquettées chez moi dans mon studio, de façon à les envoyer aux artistes. Cyril est intervenu aussitôt sur les maquettes en créant des personnages par rapport à nos idées. Il m’a montré au fil des mois les dessins. J’ai senti assez vite que cela correspondait bien à l’idée que j’en avais. Il est rentré dans l’univers assez facilement.

Zicactu: Comment avez-vous sélectionné les artistes qui vous accompagnent dans le conte, vous avez pris ceux qui ont gardé leur âme d’enfant ?

L. C.: (Rires) Vous savez, pour faire un métier comme ça, vaut mieux avoir laissé un pied dans l’enfance. J’ai surtout choisi les artistes par rapport aux chansons. Quand elles furent terminées, on se posait la question de savoir qui pourrait l’interpréter le mieux possible. C’est un travail de metteur en scène qui, sur son scénario, imagine le casting qu’il va faire. Ce que je peux dire, c’est qu’ils ont tous dit oui sans problème.

Zicactu: Avez-vous du convaincre certains ou sont ils tous partis tête en avant pour vous accompagner ?

L. C.: Franchement, je ne me suis pas battu. Ca a été extrêmement facile. C’est pas seulement un truc d’amitié. En écoutant les chansons, en leur expliquant le projet, ils ont adhéré immédiatement.

Zicactu: Je présume que des jouets ou des personnages n’ont pas répondu à votre délire féerique, savez-vous pourquoi ?

L. C.: Ecoutez, en fait, on a du créer deux jouets qui n’ont pas abouti. D’abord car on en avait suffisamment, l’histoire était assez ronde. Mais surtout quand on fait n’importe quel album pour soi, on se retrouve bien souvent avec une douzaine de titres alors qu’on en a écrit une vingtaine.

Zicactu: Je pense que tous ou presque, car je ne travaille pas dans le people, vous avez des enfants ou des petits-enfants selon l’âge des protagonistes, est-ce que c’est aussi pour vos bambins personnels que vous avez décidé de faire ce projet ?

L. C.: On a tous, étant enfant, été bercé par le Petit Prince, par Casse-Noisette ou Pierre et le loup, des chansons qui nous restent dans l’inconscient. C’est vrai que pouvoir transmettre ça et se dire qu’on est sur un disque pour enfants, mais pas seulement car il est destiné aussi aux grands, c’est fantastique. Personnellement, j’ai participé à Émilie Jolie et presque trente ans après, beaucoup de personnes m’en parlent encore.

Zicactu: Le conte de Philipe Chatel vous a-t-il inspiré ?

L. C.: Je trouvais le concept formidable, l’idée de rassembler des artistes différents comme Brassens, Salvador, Souchon, Voulzy et d’autres: c’était un mélange de style qui se retrouvait sur une oeuvre parfaite. Même quand on l’écoute encore aujourd’hui, ça tient vraiment le coup. On fait les choses de manière artisanale et sincère et ensuite c’est le public qui décide.

Zicactu: Donc un groupe de musiciens ou de saltimbanques et une voix off de grand charisme: Catherine Jacob ?

L. C.: La question de la narration, c’était une grande question. C’est quand même la personne qui fait le lien entre chaque personnage, qui explique, qui doit être à la fois drôle, triste, émouvante, je pensais vraiment à une actrice et puis les hasards de la vie m’ont fait voir un film qui s’appelle “La première fois que j’ai eu 20 ans” et Catherine jouait la mère dedans. Je ne la connaissais pas du tout, je l’ai appelée, je lui ai proposé et elle était emballée. Toute excitée qu’on lui propose quelque chose qui sorte de l’ordinaire de ce qu’on lui propose en général.

Zicactu: Ce qui est très drôle, c’est que pour chacun des chanteurs, il y a une grande part de one-man-show lors de leurs concerts personnels ?

L. C.: C’est vrai. Ils ont tous un univers bien à eux. Ce sont tous des interprètes hors pair. C’est comme un acteur qui s’approprie un rôle. On me dit beaucoup que, par exemple, pour la chanson de Cabrel, je l’ai écrite pour lui. Mais non, ce n’est pas comme ça que cela s’est passé. Nous, on a écrit les chansons et ensuite on a dispatché en fonction de leurs qualités.

Zicactu: Vous allez sortir ce conte en livre, en livre disque et vous produire pour deux concerts au Grand Rex. Comment va se passer la “mise en chair” de votre conte ?

L. C.: C’est un concert qui va être filmé aussi. Il y aura un décor, tous les personnages seront là en costume. Et c’est le conte en live.

Zicactu: Y aura-t-il ensuite une sorte de comédie musicale qui pourrait prendre la route avec vous ou d’autres ?

L. C.: On a des propositions à ce sujet mais là on est tellement la tête dans le guidon avec la sortie du disque et le concert au Grand Rex qu’on se penchera sur ce projet ensuite.

Zicactu: Pensez-vous que les enfants ont perdu la magie de Noël ou est-ce uniquement les parents qui ne savent plus leur faire y croire ?

L. C.: Je ne crois pas. Personnellement ma petite fille ne l’a pas perdue (rires).

Zicactu: Savez-vous pourquoi ce genre de projet est très rare en France ?

L. C.: Il y a beaucoup de choses pour les enfants qui sont réalisées mais pas dans cet esprit-là, c.-à-d. de faire chanter des interprètes prestigieux. Je ne sais pas, peut-être parce que les gens n’y croient pas ou n’ont pas envie de le faire. C’est une longue route, c’est astreignant de s’y coller. Nous travaillons dessus depuis deux ans. Je pense qu’il faut vraiment avoir le désir d’aller au bout. Mais vous avez l’impression de faire un truc utile. De rassembler les enfants et les parents ensemble.

Zicactu: “La panthère noire en peluche” est-elle contente ?

L. C.: Ouais ! Elle est fatiguée mais elle est très contente (rires).

Propos recueillis par Pierre Derensy

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