Le jeu des sept erreurs

Élodie Frégé

Album CD – 2006 – Mercury

Certains matins je ne suis pas peu fier de moi. En effet, comment imaginer qu’une Élodie Frégé puisse me passionner dans la multitude de sorties d’albums de septembre ? Rien ou presque. Parfois quelques noms sur les pochettes de disques servent à ouvrir les portes de mon ostracisme. Ici sur ce Jeu des 7 erreurs, il me fallut y voir Benjamin Biolay, Jacques Lanzmann ou Serge Gainsbourg pour accepter d’écouter cette interprète qui me paraissait au départ bien trop formatée dans la variété, tout du moins à mon goût.

Ma seule certitude: quand Biolay, mercenaire des jolies femmes en studio prend son boulot à coeur, il est capable de renverser des montagnes, d’exorciser tous les préjugés. Après sa soeur, sa femme (et bientôt sa mère ?), voilà le Benjy qui enroule ses cordes de violons autour de la voix de cette télé-crocheteuse voulant s’émanciper, au même titre qu’une Olivia Ruiz, du rôle de potiche à tête de gondole. Catherine Breillat s’était attelée pour son premier album à remodeler l’image d’Élodie Frégé au point d’imaginer facilement cette jolie blonde changer son fusil d’épaule pour devenir actrice sur canapé avec Roco ou ses frères.

Biolay lui (et c’est bien plus important que l’image normalement) trace des lignes mélodiques et des harmonies divines pour cette blonde rêveuse et ce sont de vrais galons de chanteuse qu’elle gagne sur ce deuxième essai.

La ceinture, petite merveille folk où la guitare tremble d’excitation accompagnant la voix cristalline de cette innocente, met aussitôt l’auditeur dans un climat particulier: la température monte et les quolibets cessent. Album sensuel si ce n’est sexuel, on se dit que, bien accompagnée, Élodie Frégé n’a rien à envier à d’autres. On se concentre sur son organe vocal, sa puissance dans l’interprétation de morceaux de choix plutôt que sur son joli minois. Que ce soit La fidélité, pop-song vrillée par les sixties et les cordes, ou la reprise du Velours des vierges, tout s’inscrit dans une sincérité proprement bluffante.

Lorsque la demoiselle se met à écrire et composer certains titres, on retrouve aussitôt notre mauvaise foi en s’imaginant que tout va retomber comme un soufflé au four mais malheureusement pour ceux qui n’ont d’elle que sa pitoyable prestation académicienne et heureusement pour elle, sa plume et sa manière d’aborder sans complaisance ses déceptions de la vie touchent au plus profond de nos coeurs d’artichaut. Surpassant toutes les prévisions d’une carrière fade et évitant les douves de l’oubli qui lui tendaient les bras, cette demoiselle mérite mieux qu’une histoire d’un soir.

Pierre Derensy

Liste des titres

:

La ceinture
Fous de rien
La fidélité
Douce vie
Le jeu des 7 erreurs
Le velours des vierges
Pas là souvent
Chez moi
Si je reste
Est-ce que tu le sais ?
Je sais jamais
Il en faut
A celle
Les rideaux

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