Les piqûres d’araignée

Vincent Delerm

Album CD – 2006 – Tôt ou tard

Ce que démontre le premier titre Sous les avalanches tiré des Piqûres d’araignée, nouveau disque de Vincent Delerm, c’est que sous ses abords accorts, le garçon se permet de sortir quelques vacheries. Vacheries bien servies par sa nonchalance et ses chansons qui ne mangent pas de pain mais qui en mettent de sacrés en-dessous de la ceinture comme celle-ci: “Tu feras pas de publicité shampoing pour trois millions parce que tu les vaux bien, tu seras pas ambassadrice coco d’un vieux parfum pour les futures vieilles peaux”.

On lui donnerait le bon dieu sans confession à l’animal et pourtant sous sa pelure se cache un beau profil de Judas, certains plus vindicatifs le qualifieraient même de langue de pute sans rougir s’il n’y avait des titres comme Je t’ai même pas dit ou A Naples il y a peu d’endroits pour s’asseoir, ritournelles romantiques où la plume du chef a raturé toute marque de satire afin d’accentuer le tableau réalistico-chabadabada.

Les gros plans sur les épaules ou les yeux des filles, sur les rimes parfois bateau en “o ” ou en “é”, sont autant d’images convenues avec lesquelles il continue de jouer, mais c’est ici pour brouiller les pistes d’un chansonnier qu’on a catalogué trop vite dans une catégorie trop étroite.

C’est en compagnie du nouveau chouchou Peter Von Poehl, véritable orfèvre des musiques stylées que, le garçon autant aimé que critiqué par le public comme par la critique (Delerm est-il le Dreyfus de la chanson française ?), s’exile délibérément en Suède pour concocter ses confitures et ses derniers name-dropping juste le temps d’enregistrer un bon disque et de rentrer avec un nouvel accent plus social-démocrate.

Sépia plein les doigts trace un portrait de la France que Renaud au plus fort de sa révolte n’aurait pas renié, la différence entre l’anar peroxydé et le chef de meute des trentenaires actuels; c’est que chez ce drôle de Delerm, il y a toujours du fiel maquillé intelligemment sous un accent british et des manières distinguées. 29 avril au 28 mai propose même un angle encore inexploré de l’artiste qui se retrouve projeté dans un titre beaucoup plus grave et surtout sans pirouettes de bouffon à l’arrivée, tic salutaire pour être sûr de ne pas se casser les reins, petit toc qu’il avait tendance à trop utiliser.

Favourite Song, duo intelligent avec Neil Hannon, le temps qui passe dans Les jambes de Steffi Graf concluent un album où le sale gosse poli vient de prendre de la bouteille, de l’âge et donc naturellement une certaine dose de vice.

Pierre Derensy

Liste des titres

:

Sous les avalanches
Je t’ai même pas dit
A Naples il y a peu d’endroits pour s’asseoir
Marine
Ambroise Paré
Sépia plein les doigts
Les piqûres d’araignée
Déjà toi
29 avril au 28 mai
Voici la ville
Il fait si beau
Favourite song
Les jambes de Steffi Graf

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